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Le Choeur dans l'Opéra
Depuis l’origine de l’opéra, c'est-à-dire depuis un peu plus de quatre cents ans, le chœur a occupé une place prépondérante, primordiale dans les œuvres des compositeurs lyriques. Il en a même été souvent le personnage principal, comme chez Monteverdi au début du XVIIème siècle et de nos jours dans les œuvres d’un Benjamin Britten ou un Berndt-Alois Zimmerman. Il créait ainsi un lien, une filiation en droite ligne avec la tragédie antique qui donne au chœur le rôle de l’observateur de l’action, du commentaire, ou de la morale de l’histoire.
Dans la seconde moitié du XIXème siècle, apogée de l’Art Lyrique, les grands compositeurs d’opéras ont donné au chœur le pouvoir de représenter des entités différentes, des communautés dramatiques ou pittoresques, qui venaient ponctuer le déroulement de l’œuvre, dépayser le spectateur, afin de lui ouvrir les portes de mondes exotiques ou hors du temps, donnant ainsi à l’opéra une manière de théâtre universel (chœurs de bohémiens, d’esclaves, d’anges, de pèlerins, etc.)
Les plus grands maîtres de cette période, comme Verdi et Wagner, ont privilégié le chœur dans leur œuvre opératique, lui donnant la possibilité de peindre de véritables tableaux lyriques, avec des effets dramatiques saisissants et une puissance encore jamais égalée. C’est dire si les musiciens qui chantent dans les chœurs d’opéra doivent être dotés de belles voix, à la palette riche et étendue, comme des solistes. Ils vont donner à l’œuvre une pâte harmonique opulente, ductile dans sa rondeur, tranchante dans ses éclatements, ses replis. Le compositeur, et là nous revenons à Verdi et à Wagner, a pu donner au chœur un tel rôle qu’il a souvent un pouvoir sur l’intrigue et génère des moments de tension ou de pure poésie (chœur des Pèlerins de Tannhäuser ou célèbre chœur des Esclaves de Nabucco…). Ces passages ont fait très souvent la renommée de l’œuvre et provoqué l’engouement du public de toutes les époques.
Le rôle folklorique de certains ensembles choraux que l’on trouve chez Verdi semble parfois détourner l’attention de l’action (les mélomanes de l’époque, surtout à Paris, aimaient à voir des scènes transitoires, agrémentées souvent de ballets), mais en fait s’insère à merveille dans l’histoire, donnant une vision extérieure si l’on veut, mais qui replace les héros dans le monde réel, ajoutant ainsi à l’émotion. Le chœur des Assassins et le chœur des Sorcières de son Macbeth en sont des exemples saisissants. Wagner, lui, fondait plus la voix chorale dans l’action de ses opéras, tout en lui laissant un rôle de commentaire. Les chœurs de Lohengrin, par exemple, tantôt guerriers, tantôt tendres et d’une extrême beauté, avaient plongé Franz Liszt dans une admiration sans bornes et il voulut en diriger la création à Weimar en 1850.
Il nous reste à mieux entendre peut-être toute cette force, cette grâce et cette poésie dans un choix de chœurs d’opéras, qui écoutés hors de leur contexte habituel, nous apparaissent comme une entité véritable, détentrice d’un message, ainsi la voix qui crie, acclame, invective ou supplie.
Au cours de ce concert des choeurs d'opéras à la salle Rameau, le 25 novembre à 15h, Jean-Philippe Dubor présentera chaque extrait, le replacera dans le contexte narratif, émotionnel, historique de l’opéra dont il est tiré, afin de vous proposer une approche plus complète encore des oeuvres choisies.
Verdi, le Maestro del Core
On sait qu’après Nabucco, Verdi fut qualifié de « maestro del core », maître et magicien faudrait-il traduire. La maîtrise est en effet évidente. Verdi réussit à donner au chœur un rôle à part entière dans sa partition. Son originalité réside en ce qu’il crée pour lui une écriture propre, à la fois autonome par rapport aux autres intervenants et singulière dans sa composition interne. Plus évidente encore, quoique plus mystérieuse, moins discernable en termes techniques, est chez lui la magie des chœurs. Elle tient bien sûr à la perfection des thèmes mélodiques, à l’équilibre des voix, à l’accord exact avec l’orchestre et les solistes.
Mais ces explications n’épuisent pas le charme envoûtant que procure, à la énième écoute, l’illustre Va pensiero, véritable mélopée qui se suffit à elle-même, ni l’efficacité de l’introductif Gli arredi festivi, qui crée d’emblée à la fois le cadre et le climat de l’œuvre.
Avec Verdi, le chœur s’affirme au point d’obtenir un rôle-vedette dans le drame. Le peuple ou la foule s’individualise dans l’action et devient un personnage agissant et subissant, véritable acteur du drame. Rôle plus essentiel, peut-être, dans les opéras à caractère patriotique, mais rôle qui demeurera primordial une fois cette évolution accomplie, même dans les opéras psychologiques de la maturité de Verdi.
Wagner, le novateur
Wagner est comme Verdi marqué par les évènements politiques de son temps. Mais à la différence de Verdi, si le nationalisme occupe une place particulière dans son projet théorique, Wagner ne se fit jamais l’avocat d’une Allemagne politiquement unifiée.
Pour lui, il importe principalement de débarrasser l’opéra de sa fonction sociale: la haute société de l’époque s’y rendant surtout pour se montrer. Son but est d’apprendre au public à ne s’intéresser qu’à la portée du message artistique, pour lui révéler ainsi les mystères cachés à la raison. C’est également grâce au rituel du drame musical, grâce aux symboles mythiques, que le spirituel pourra redonner sa cohésion à la société.
Du point de vue de l’écriture musicale, le compositeur unit musique et poésie: comme les premiers romantiques allemands, Wagner préfère les mythes médiévaux aux récits historiques. Dépasser le sens rationnel et favoriser une fusion des arts: Wagner est pour un art total.
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