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Concert du XXème Anniversaire : Grieg / Gouvy (15 Juin) : l’apanage des grandes formations.
Un choix audacieux autant que courageux
Pour le mélomane curieux, le nom de Théodore Gouvy (1819-1898) n’est pas inconnu. Depuis quelques années déjà, le label K617 a commencé l’exploration de son riche catalogue, révélant en particulier les pièces sacrées et chambristes. Apportons toutefois quelques précisons. Appartenant à la même génération que Charles Gounod, Gouvy est né à Goffontaine dans cette portion de Lorraine rattachée à la Prusse en 1815, suite aux traités liquidant l’Empire Napoléonien. Accidentellement prussien de naissance, détaché de la patrie de ses aïeux, il ne put étudier au Conservatoire de Paris, à l’époque fermé aux étrangers. Il attendra ainsi l’âge de 32 ans pour être naturalisé… français ! Aujourd’hui, son œuvre est sous les feux de la rampe, puisque ses deux opéras, Fortunato et Le Cid viennent d’être représentés sur les scènes lyriques de Metz (pour le premier) et Saarbrücken (pour le second), respectivement en mai et juin 2011. Le privilège de révéler son Requiem au public lyonnais revient à Jean-Philippe Dubor, inestimable défricheur à qui l’on doit plusieurs créations d’œuvres du passé dans notre ville. C’est un choix audacieux autant que courageux pour fêter les vingt ans de son ensemble. Pour cette double circonstance exceptionnelle, on remarquera la présence de nombreuses personnalités du monde culturel, ainsi que celle de Monsieur Sylvain Teutsch, Président de l’Institut Gouvy, qui a fait le déplacement depuis la Moselle afin d’assister à cet événement de taille.
Dubor sait trouver des accents poignants
À ses contacts amicaux avec Gouvy à Leipzig ou Paris, Edvard Grieg doit d’ouvrir le programme, avec trois extraits des suites d’orchestre de Peer Gynt. Choisis parmi les plus mélancoliques ou douloureux, ils instaurent une ambiance recueillie pour ce qui va suivre. Après une Mort d’Åse intense, une Plainte d’Ingrid incisive, Jean-Philippe Dubor sait trouver des accents poignants dans la célèbre Chanson de Solveig. Ces pages du compositeur norvégien permettent d’apprécier les qualités de l’orchestre, particulièrement les cordes dont les pupitres sont plus fournis que de coutume et cela s’entend immédiatement.
Un aplomb extraordinaire
L’intérêt d’écouter enfin sur le vif le Requiem de Gouvy focalise bientôt l’attention. Dès l’Introïtus la révélation du disque est confirmée. Ce langage procède d’un style unique, combinant quelques influences germaniques et italiennes, tout en s’inscrivant dans une certaine tradition de la musique religieuse française magnifiée par Berlioz. Rien dans cette partition ne laisse indifférent. Elle captive même, autant par son éloquence que par ses ponctuelles audaces, ses subtils contrechants ou, encore, sa puissance tellurique. Jean-Philippe Dubor et ses forces en restituent toute la démesure avec un aplomb extraordinaire.
Nous relevons, ainsi, combien ils parviennent à tenir la distance dans la puissance dévastatrice du Dies Irae aussi bien que dans le Mors stupebit et le Liber scriptus (ce malgré une écriture qui ne ménage aucune pause et ne prend guère de précautions avec les capacités théoriques des différents pupitres). Soyons clairs : cette aptitude est l’apanage des grandes formations.
Sensation de lumière irradiante
Le quatuor vocal réuni est de premier ordre. Si la basse Philippe Fourcade et le ténor Patrick Garayt sont toujours impressionnants de projection et ne chantent pas à l’économie, les dames ne déméritent pas. L’on apprécie le timbre capiteux et envoûtant de la mezzo Sylvia Giepmans, autant qu’on salue le retour de la soprano Cécile Perrin. La cantatrice française triomphait récemment dans Aïda au Staatsoper de Vienne. Gageons que l’homogénéité de sa tessiture, sa projection et son art des sons filés dans le registre aigu auront su enthousiasmer les autrichiens autant que les auditeurs lyonnais. Tout au long de ce douloureux chemin de croix, elle contribue largement à la sensation de lumière irradiante éprouvée. Admettons qu’une direction inspirée – pour une œuvre qui ne l’est pas moins – constitue les indispensables fondations à ces moments privilégiés. Par-delà les célébrations Liszt et Massenet – qui pourraient largement fournir matière à sa programmation 2011/2012 – Jean-Philippe Dubor, ardent apôtre de Gouvy, nous doit désormais son Stabat Mater.
Source : www.lyon-newsletter.com, Patrick Favre-Tissot-Bonvoisin, juillet 2011.
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Théodore Gouvy à la basilique de Fourvière.
Longtemps oublié, Gouvy revient aujourd'hui en force : ses opéras restés inédits sont créés sur scène, Fortunato à Metz en mai, Le Cid à Sarrebrück en juin. Œuvrant depuis vingt ans à Lyon, le Chœur et Orchestre 19, qui se consacre à la musique du 19e siècle, donne le Requiem dans la crypte de la basilique de Fourvière.
Qui était Louis-Théodore Gouvy (1819-1898) ? Né en Sarre alors prussienne, il dut attendre ses 32 ans pour être naturalisé Français, ce qui lui valut d’être écartelé entre Allemagne et France. Il n’en composa pas moins une œuvre considérable, comptant 160 titres, des symphonies aux lieder en passant par les compositions pour piano.
Ecrit par Gouvy en 1874 en mémoire de sa mère, le Requiem est interprété par les 110 interprètes du Chœur et Orchestre 19, que dirige avec ferveur Jean-Philippe Dubor. L'œuvre est composée de huit parties, où le chœur joue un rôle prépondérant, chantant presque sans interruption. Très impliqués, les choristes se surpassent en dialoguant avec l’orchestre et les solistes, pour un « Dies Irae » visionnaire, un « Hosanna in Excelsis » triomphant et un somptueux « Dona eis Requiem » final.
Les quatre solistes mettent une ardeur émouvante dans leurs interventions : la soprano Cécile Perrin, la mezzo-soprano Sylvia Giepmans, le ténor Patrick Garayt et le baryton-basse Philippe Fourcade donnent à la partition une couleur romantique prenante. Souhaitons que ce Requiem, que le public lyonnais a ovationné, soit repris, pour être découvert par un public nouveau. (15 juin)
Source : La Lettre du Musicien n° 405, été 2011, par Bruno Villien, critique musical.
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Berlioz : L’Enfance du Christ (12 février) – Crypte de Fourvière : L’excellence est atteinte.
S’ils ont traversé une période critique, les Chœurs & Orchestre 19 de Jean-Philippe Dubor reviennent à la vie cette saison. Après un vibrant Requiem de Mozart à l’automne dernier, l’ensemble – entièrement professionnel depuis trois ans – propose L’Enfance du Christ que Berlioz appelait, non sans humour, « Ma petite sainteté ». On sait combien ce chef-d’œuvre, dont la conception démarra d’une supercherie, est délicat à monter. Le rôle du chef y est primordial. En cela il est permis de faire confiance à Jean-Philippe Dubor, berliozien passionné à qui l’on doit, en particulier, l’inoubliable création lyonnaise de la Messe solennelle du grand Hector en 2003.
Comme il est de tradition céans, le choix des solistes s’avère heureux. Du ténor Patrick Garayt, l’on apprécie la diction impeccable, l’appréciable projection, une technique époustouflante lui permettant d’alléger ses considérables moyens pour interpréter un récitant plausible. Bien que plus volontaire, moins fragile que de coutume, cette partie difficile entre toutes accède ainsi à un singulier relief. A noter qu’il chante aussi la brève partie du Centurion, modifiant sa couleur vocale de manière probante pour ce faire. L’échange de répliques avec le Polydorus bien timbré et viril de Jean-Raphaël Lavandier gagne ainsi en crédibilité.
L’Hérode de Philippe Fourcade, plus cruel que tourmenté, a une fâcheuse tendance à appuyer excessivement, sans doute par crainte de ne pas se faire entendre jusqu’au dernier rang dans ces lieux à l’acoustique ingrate. Le poco f de « Et désirer de vivre… » devient ainsi un fff, ce qui – effet pervers – nuît à l’assise du registre grave (le sol est sonore mais les fa sont un peu courts). Cette grande voix gagnerait à mieux se maîtriser car il n’est pas indispensable "d’ouvrir les vannes" continuellement (d’ailleurs, dès qu’une blanche apparaît, elle s’accompagne, fait révélateur, d’un vibrato qui pourrait devenir envahissant). Au reste, lorsqu’il incarne le Père de famille par la suite, ce bel artiste est bien plus précis dans l’observation des nuances. L’écriture moins ardue n’est pas seule en cause. Il y a aussi le souci de caractérisation qui n’est pas le même et évite les excès précédents générés par la noirceur du personnage.
De Marie, Delphine Lambert exprime toute la grâce, le rayonnement naturel, cette indestructible fragilité propice à peindre une scène de la crèche sans mièvrerie, évoquant le traitement de la lumière dans les toiles de Georges de la Tour. Son Joseph est un Marcin Habela de franche stature. Avec lui, le rôle revêt cette dimension de protecteur de l’Enfant-Roi trop souvent négligée lorsque l’on distribue un baryton-Martin, selon un usage très répandu.
La direction de Jean-Philippe Dubor est toute sobriété dans le geste, sans pour autant sombrer dans la retenue systématique. Ainsi, il confère une allure noble à la Marche nocturne. Son orchestre est superbe, jusqu’à ses violons, magistralement conduits par Nathalie Geoffray. La scène de l’évocation des devins est une absolue réussite, la plus impressionnante jamais entendue sur le vif. Quand au prélude à la Fuite en Egypte, il s’avère riche de couleurs inédites annonçant les compositeurs russes ultérieurement fascinés par le modèle berliozien. L’arrivée à Saïs, enfin, correspond à une vraie vision tragique, dans un climat foncièrement sombre et angoissant. Incontestablement nous entendons ce soir la plus belle exécution orchestrale jamais offerte par ce valeureux ensemble.
La prestation des choeurs a fière allure. L’Adieu des bergers à la Sainte famille est intense au possible mais il leur faudrait davantage se modérer par ailleurs. La section « Que les charmes de l’espoir du bonheur », par exemple, est chantée trop vigoureusement. Certes par rapport à tant de chœurs aux voix blanches, cette générosité est appréciable mais point trop n’en faut ! D’ailleurs, le chef en a conscience et modère ses troupes pour livrer une conclusion extatique à donner le frisson. Son interprétation très personnelle de L’Enfance du Christ ne laisse personne indifférent. Au delà d’une profonde spiritualité, elle traduit, de toute évidence, une admiration sans bornes pour son auteur autant qu’une volonté d’aller à sa rencontre au-delà des notes. L’excellence est atteinte et prouve que la qualité obtenue sur le terrain dépasse la littérature inhérente aux abscons formulaires de demandes de subvention.
www.lyon-newletter.com, par Patrick Favre-Tissot Bonvoisin
Concerts « Berlioz : l’Enfance du Christ » des 10 et 12 février 2010 à la Crypte de la Basilique de Fourvière.
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Thierry Philip (maire du 3ème)
Voir Blog
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La Fondation du Choeur et Orchestre 19
Le Progrès du 21 novembre 2009.
Le Choeur et Orchestre 19 fondé et dirigé par Jean-Philippe Dubor s'inscrit depuis de nombreuses années dans le paysage musical de Lyon et sa région. Il s'est affirmé au fil du temps comme un ensemble particulièrement attaché au répertoire romantique, sacré et profane. L'an dernier, il s'est entièrement professionnalisé.
Depuis, a été lancée une restructuration destinée à créer un environnement économique à la hauteur de son ambition artistique.
A l'initiative de deux chefs d'entreprises, Alain Guilhot et Patrick Caceres, ont été mises en place les bases d'une Fondation d'entreprise Choeur et Orchestre 19.
Déjà de nombreuses entreprises ont accepté d'entrer dans le capital de cette Fondation :
Chemin de Lumière
Groupe Caceres
Altavia
Damaris
SNC Agidra (Bahadourian)
Cet engagement exceptionnel dans une période de crise souligne l'intérêt du monde économique pour cette démarche artistique d'excellence et son rayonnement.
Ainsi, le Choeur et Orchestre 19 soutenu par la Ville de Lyon et la Région Rhône-Alpes célèbrera l'Europe le lundi 10 mai 2010 à l'Auditorium Maurice Ravel avec l'Hymne des Nations de Verdi et la 9e Symphonie de Beethoven.
A partir de cette saison, il entame une véritable politique de décentralisation en Rhône-Alpes et au-delà.
Plus près de nous, il interprétera, le mardi 24 et jeudi 26 novembre 2009 à 20h dans la crypte de Fourvière le Requiem et trois chefs d'oeuvre du répertoire maçonnique de Mozart.
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Beethoven à l'Esplanade : le style et l'émotion
Par Rémi Perrin, La Tribune - le Progrès du samedi 18 décembre 2004
Beethoven était une nouvelle fois à l’affiche de l’Esplanade, théâtre de Saint-Étienne. Les abordant sous l’angle symphonique, l’orchestre Jean-Philippe Dubor a brillamment fait revivre deux grandes pages de ce compositeur.
Bien que considéré, de par ses dates, comme appartenant au classicisme viennois, Ludwig van Beethoven est incontestablement celui avec qui le romantisme musical prit forme. En effet, de 1804 à 1810, Beethoven connaît une période de créativité extraordinaire. Chacune de ses œuvres comporte alors son lot d’innovations esthétiques qui, petit à petit, hisseront la musique vers une nouvelle aire.
La 3e Symphonie « Héroïque » opus 55 et la 6e Symphonie « Pastorale » opus 68 (datant respectivement de 1804 et 1808) appartiennent à ces œuvres clés.
C’est donc naturellement que l’orchestre Jean-Philippe Dubor a décidé d’intégrer ces pièces dans son répertoire de scène car, depuis sa création en 1991, cet ensemble est passé maître dans l’art d’interpréter les styles classiques et romantiques. Aujourd’hui encore dirigé par son fondateur, l’orchestre Dubor est entièrement constitué de musiciens professionnels.
Dédiée à l’origine à Bonaparte, la 3ème Symphonie symbolise toute la force et la grandeur de l’Empire. C’est dirigé par une main de maître par Jean-Philippe Dubor que l’orchestre livre ici une interprétation juste et sincère. Techniquement irréprochable, l’ensemble trouve également la justesse de ton qui fait les grandes interprétations. Véritable orfèvre de la direction, Jean-Philippe Dubor pratique un style extrêmement physique et visuel, ne laissant rien au hasard. Du triple forte au pianissimo, l’homme fait preuve d’un professionnalisme remarquable.
Dans la 6e Symphonie (évocatrice de la nature), la manière est inouïe, extravertie, la direction paraissant presque chorégraphiée ! De l’andante à l’allegro, la musicalité sort grandie de cette brillante démonstration. Quand Jean-Philippe Dubor dirige son ensemble, on assiste à ce moment magique où un orchestre tout entier exprime dans l’interprétation une part de réelle création. Chef autant que maître, M. Dubor compte parmi ces vrais amoureux de la musique qui seuls savent rendre bien vivante une partition vieille de deux siècles. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé, puisqu’en occupant la quasi-totalité du grand théâtre Massenet, il a fait de cette soirée une totale réussite.
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Beethoven: Cantate pour la mort de Joseph II - Cherubini: 1er Requiem en ut min, à la mémoire de Louis XVI
Par Patrick Favre Tissot Bonvoisin, revue semestrielle de l ABF, juin 2005
L’évènement était d’importance : ce soir là on entendait à Lyon, pour la première fois au XXIe siècle, la Cantate pour la mort de Joseph II. Au demeurant, au sein d’un public éclairé, on ne manqua pas de remarquer la présence du Président de l’ABF et de son épouse, qui avaient tenu à faire le voyage depuis Paris et à honorer de leur attention cette exaltante soirée.
Il convient de souligner que Jean-Philippe Dubor est à l’origine de cet évènement et cela n’étonnera point les mélomanes véritables. En quinze ans, ce chef et son ensemble vocal et instrumental sont parvenus au seuil de la maturité artistique accomplie et poursuivent infatigablement la plus noble des missions : servir le répertoire sacré et profane pour de grands effectifs du Classicisme au crépuscule du Romantisme, alternant les partitions connues et les raretés. Ils ont atteints aujourd’hui un niveau de qualité musicale qui leur permet de soutenir la comparaison avec les autres grandes formations professionnelles lyonnaises qui bénéficient, quant à elles, du label national et/ou des plus généreuses subventions des collectivités locales.
En première partie du concert, donc, la Cantate pour la mort de Joseph II, une des plus grandes parmi les œuvres dites « de jeunesse » de Beethoven.
Sur le vif, avec une durée d’exécution totale de 39’, Dubor vient s’inscrire dans un parfait équilibre, rejoignant la version de Matthew Best au disque (un CD Hypérion 1996) qui demeure, pour nous, la référence absolue, avec une durée de 40’50, à mi-chemin entre les interprétations extrêmes de Penin (37’ Accord 1993) et Thielmann (43’56 DGG 1966). Nous aurons été frappés par la vision de Dubor et son intensité exceptionnelle, conjuguée à tout le recueillement nécessaire. Néanmoins, elle demeure fondamentalement dramatique, avec une tension – une surtension même – aisément perceptible jusque visuellement dans la direction. L’orchestre, globalement très homogène, saisit l’auditeur dès les premières mesures grâce au jeu ample et chaleureux des cordes qui, cette fois-ci, emportent la palme.
Le climat tragique se confirme dès les premières mesures du récitatif de la basse, où jamais la parenté avec Gluck ne nous avait semblée si évidente. Cette partie soliste est tenue par le jeune et brillant baryton Marcin Habela qui s’impose par sa belle présence, son mordant et la franchise de l’émission. Un bémol cependant : ce franc-baryton (très stylé au demeurant) est fatalement à la peine dans le registre grave (fin du récitatif, fin de la première phrase de l’aria après la vocalise sur Stärke). Bien sûr, nous savons combien la tessiture est longue et qu’il n’est point aisé de trouver aujourd’hui une basse chantante d’agilité capable de maîtriser aussi les redoutables passages dans le registre supérieur. Ce dernier, Habela le domine avec aisance, offrant des aigus percutants, un souffle inépuisable, des vocalises et figures ornementales remarquablement négociées.
Pour la partie soliste féminine, Valérie Berne a remplacé au pied levé sa collègue souffrante Sylvia Vadimova. Prévenue la veille du concert, Valérie Berne a fait preuve d’un grand professionnalisme en apprenant la partition en 24 heures. C’est ce qui nous rendra indulgents dans nos considérations sur cette large et grande voix, déjà affectée d’un fort vibrato sans nul doute généré par la fréquentation précoce d’emplois trop lourds à la scène. En séduit, en revanche, par sa présence, sa musicalité et sa troublante capacité à transmettre l’émotion née du texte littéraire, comme à maîtriser impeccablement les nuances du texte musical. Les chœurs, pour leur part, excellent dans la délicatesse de la section encadrée par les deux interventions de la soliste et emportent l’adhésion par leur ferveur communicative dans l’émouvante séquence conclusive. Celle-ci devient véritablement, avec eux, une splendide et bouleversante déploration annonciatrice des grands chefs-d’œuvre futurs de Beethoven.
En deuxième partie, Ludwig laissait la place à Cherubini.
Il nous semble qu’on ne pose pas assez souvent, de nos jours, la question de l’opportunité des couplages dans les programmes de concert, les assemblages les plus hétéroclites étant, hélas, monnaie courante. Rien de tel ici, avec la confrontation intelligente voulue par le chef de deux pièces funèbres composées à la mémoire de deux monarques beaux-frères dans la vie (Joseph II étant le frère de Marie-Antoinette) qui plus est, de deux compositeurs présentant de nombreuses affinités (les récentes « Folles Journées » nantaises ayant mis l’accent, entre autres, sur la relation Beethoven / Cherubini et l’admiration du premier pour le second).
Jean-Philippe Dubor avait assuré la création lyonnaise du second Requiem (en ré mineur, pour chœurs masculins) écrit par Cherubini à la fin de son existence. Il s’attaque donc ici à une partition plus fréquentée : la vaste fresque sonore commandée en 1816 par Louis XVIII pour célébrer la mort son frère aîné, guillotiné en 1793.
Reprenant les proportions du Requiem de Mozart qu’il connaissait bien pour l’avoir dirigé, Cherubini s’en inspire pour la durée (50’) mais exclue les solistes vocaux et adopte une couleur générale annonçant clairement le Romantisme, laquelle suscitera l’admiration de Beethoven, qui considérait son confrère comme « le plus grand compositeur dramatique vivant ». Les chœurs ont donc la part belle dans cette partition servie avec une conviction et une précision qu’ils semblent communiquer à l’orchestre. Après une sobre introduction, ils nous ont offert un Dies Irae d’anthologie, où nous avons particulièrement remarqué la perfection de l’attaque si délicate des sopranos. Ceci précisé, toute la séquence est traitée avec fulgurance mais demeure aussi très contrôlée et retenue dans la section centrale (ce contraste n’étant pas toujours bien assuré par les chefs en général). Une mention particulière pour la percussion et la « crash » fortissimo du tam, impressionnant comme il se doit. Au Dies Irae succédait un Offertoire aux contours dessinés d’une façon réellement splendide, s’inscrivant dans la lignée des interprétations de Lamberto Gardelli et Riccardo Muti. La double fugue sur Quam olim Abrahae est menée avec une énergie et une sûreté rarement constatées en dehors des grands ensembles internationaux. Dans l’Hostias, l’émotion était bien présente, malgré un léger déséquilibre sonore (les chœurs, donnant trop de volume, couvrait parfois l’orchestre). Le chef s’en est-il aperçu ? Vraisemblablement oui, car ce petit inconvénient est aussitôt pallié par le bref et énergique Sanctus et, à plus forte raison, dans un Pie Jesu joué avec un raffinement extrême.
Néanmoins, l’impression la plus forte devait nous être communiquée lors de la vibrante lecture du redoutable Agnus Dei, avec son écriture complexe et sa juxtaposition de climats si différents qui en rendent toute exécution périlleuse. Dubor et ses forces se sont ici surpassés, nous laissant en état de choc ! D’ailleurs, les secondes de silence qui ont suivi la double barre finale en disent long : l’auditoire, subjugué, écrasé par tant de beautés sonores, se remet progressivement de ses émotions dans un crescendo d’applaudissements aboutissant à une ovation plus que méritée.
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