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MUSIQUES ROMANTIQUES

Saison Concerts chœur et orchestre à lyon dirigés par Jean-Philippe Dubor

 

 

 

Réservation

 

Choeur et Orchestre XIX, programme de la saison 2009 - 2010.

 

Musique maçonnique, musique religieuse, le Spirituel et le Sacré  

La musique maçonnique de Wolfgang Mozart n’occupe pas une place considérable en quantité dans son œuvre mais elle est extrêmement importante par le fait qu’elle induit chez lui une sorte de philosophie de la composition musicale qui imprégnera désormais tout ce qu’il écrit de façon indéniable.
Alfred Einstein rappelle dans son étude remarquable sur Mozart : "Lui que le comte Arco avait gratifié d'un coup de pied, que l'archevêque Colloredo avait traité en domestique, retrouvait dans la loge maçonnique sa qualité d'homme de génie et devenait l'égal des nobles." La musique maçonnique de Mozart n'est aucunement à mettre en opposition avec sa musique religieuse ; elle la complète et l'éclaire d'une lumière humaniste. Humaniste et spirituelle, voici les deux maîtres-mots qui peuvent nous aider à aborder cette part de l’œuvre mozartienne, en aucun cas décorative ou de circonstance. Elle ne peut être non plus considérée  «à part» du reste de l’immense corpus et surtout de la musique religieuse. Bien qu’assez souvent condamnée par l’Eglise Catholique, la maçonnerie n’était pas considérée au XVIIIème siècle comme hérétique ou athée et de nombreux musiciens maçons (Haydn, François Couperin, Clérambault, Johan-Christian et Wilhelm-Friedman Bach, puis Gossec, Cherubini, Viotti et bien d’autres) se sentiront à l’aise dans la religion chrétienne. Ainsi, la musique maçonnique de Mozart est en quelque sorte une musique d’aspect sacré. Les Loges sont des temples, avec leur rituel quasiment liturgique et l’on retrouve dans cette part de l’œuvre de Mozart des accents religieux.

Le rapprochement d’œuvres maçonniques de Mozart et de son Requiem semble ici une évidence tant l’esprit qui les a inspirées est fondu en une pensée musicale et spirituelle. Cette vision devient certitude, à l’écoute de la cantate Die Maurerfreude KV 471 (La joie du maçon) pour ténor, chœur d’hommes et orchestre qui fut exécutée le 25 avril 1785, du Kyrie KV 341, écrit durant l’année difficile et bénéfique de 1781 (Mozart quitte Salzbourg et les perpétuels conflits avec l’archevêque Colloredo pour s’établir à Vienne) et surtout de la magnifique et poignante Maurerische Trauermusik (Musique Funèbre Maçonnique) KV 477. De toutes les œuvres de Mozart liées à la franc-maçonnerie, celle-ci est la plus frappante et la plus bouleversante. Relativement courte, cette ode funèbre fut composée en juillet 1785, pour une cérémonie d’accession d’un ami au grade de «maître», puis exécutée lors d’un rituel à la mémoire de deux frères maçons, décédés en novembre de la même année. Dans une lettre envoyée à son père en 1797, Mozart écrit: «Je remercie Dieu de m’avoir accordé le bonheur de connaître la mort comme la clé de notre véritable béatitude.» Et c’est bien le sentiment qu’exprime cet adagio très émouvant dans sa simplicité. S’il commence par des tierces qui sonnent comme une lamentation, il s’élève ensuite une musique solennelle et sereine, avec, au centre, un chant de foi et d’espérance, énoncé à la manière d’un choral.

 

Un pas vers "l’Après", vers la fin des tourments : le Requiem

Le sentiment de présence de la mort, de sa proximité, Wolfgang Mozart l’avait en lui depuis longtemps. N’avait-il pas écrit un jour : « Chaque fois que je m’endors, je pense que je ne me réveillerai peut-être pas » Une pensée qui n’engendre en lui aucune tristesse. Il semble au contraire, que le sentiment de l’éphémère fasse naître le sens de l’éternité.
Souvent enjolivée d’un romantisme inapproprié, étouffée par des commentaires au lyrisme abusif, la Messe de Requiem de Mozart fait partie des grandes légendes musicales, des rumeurs qu'aucune vérité ne pourra faire reculer. Tant pis pour les musicologues, puisqu'il nous reste cet envoûtement de l'entrée des voix dans cette musique des ténèbres. La coloration sereine et consolatrice, l'orchestration grave, sont directement liées à la pensée maçonnique. Mozart aura posé l'unique question qui vaille sur notre destinée humaine, et tant mieux si sa musique reste toujours un mystère. Œuvre forcément inachevée, elle se compose de treize morceaux dont la paternité a pu être à peu près établie. Ses amis Eybler et surtout Sußmayr qui savait à la perfection imiter l'écriture musicale et graphologique de son maître, ont permis de terminer ce chef-d’œuvre et ainsi expier par avance le nécessaire mensonge de Constance qui répondait d'ailleurs à un autre mensonge, bien moins honorable celui-là, du Comte Wallseg, le commanditaire de l'œuvre. Souvenons-nous simplement de la souffrance qu’il fallut surmonter pendant les derniers instants. Mozart, en différant sans cesse l'écriture définitive de sa Messe des Morts, croyait vraiment ruser avec sa mort à lui et il avait clairement conscience d'écrire son propre Requiem. Il ne voulait pas l'achever et ses propres liens avec la musique religieuse se resserraient fortement pour qu’il puisse se raccrocher à un restant de vie. Finalement peu importe, Mozart reste devant la liturgie de la mort, comme dans l'urgence de la vie : tendre, grave, parfois impatient, serein et furieux de vivre.
Las ! … Il faut tout de même finir et le temps manque… Le Lacrymosa, point culminant du Requiem, est esquissé par Mozart jusqu’à la huitième mesure, puis tout à coup, il s’effondre  et il faut le porter dans son lit. Wolfgang Mozart meurt à minuit et cinquante-cinq minutes, le lundi 5 décembre 1791.
Cette mort pieuse, aussitôt répandue comme telle dans toute la ville de Vienne, masqua la fin amère de Wolfgang, saisi pour dettes, et dont les pensées allaient toutes entières vers l'idéal maçonnique. Le clergé ne s'y est pas trompé et Mozart est mort sans sacrement et sans prêtre, en chantonnant un air de la Flûte Enchantée.

 

 

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